Mar 022013 0 Responses

Le microcrédit, outil incontournable pour l’entrepreneur

Le nombre des créations d’entreprise (HORS auto-entrepreneurs) diminue de près de 5%, celui des auto-entrepreneurs augmente, lui, de 7,3% (après une forte baisse l’année précédente). Au final, le résultat paraît plus favorable en 2012 qu’en 2011 quant au nombre global de créations (+1,5%) mais cette conclusion doit prendre en compte le fait que 40% des auto-entrepreneurs ne réalisent pas de recettes.

chiffres creation entreprises autoentrepreneurs 2012

Dans cette dynamique de création d’entreprise, rappelons que les taux de cessation sont presque deux fois plus élevés pour les moins de 40 ans (4,8% des PME existantes contre 1,8 à 2,8 pour les autres tranches de taille). Tous les indicateurs le montre, l’un des principaux facteurs clés de succès est le financement.

Le microcrédit, destiné initialement à aider les porteurs de projets dans les pays en voie de développement, après un succès mondial de cette technique et un prix nobel en 2006 (avec l’économiste Muhammad Yunus), est devenu aujourd’hui incontournable dans le monde de l’entreprise : 130 000 microcrédits ont été octroyés, dont 30 000 émanant de prêts d’honneur et 16 000 PCE – Prêts à la Création d’Entreprise (Banque de France, Rapport annuel de l’observatoire de la microfinance 2011).

Trois remarques préalables

  • Rappelons que le microcrédit, selon la définition de l’UE, concerne tous les prêts destinés à des professionnels, d’un montant inférieur à 25 000 € ; en ce qui concerne les créations d’entreprise non auto-entrepreneur, il concernerait plus des 2/3 des créations.
  • le calcul proposé par la Banque de France ne permet pas de distinguer le nombre de microcrédits octroyés au démarrage des entreprises, lors de leurs
  • 5 premières années d’existence, puis en ce qui concerne les TPE de plus de 5 ans ; l’on suppose par ailleurs que les 100 000 microcrédits (hors prêts d’honneur) sont le fait de banques.
  • Enfin, y a-t-il des doubles comptes ? Comment comptabilise-t-on un même dirigeant qui a reçu à la fois un PCE, un prêt d’honneur et un crédit bancaire ?

Il existe deux types de microcrédits professionnels

  • les microcrédits à “caractère général” d’un montant inférieur à 25 000 euros, accordés à titre onéreux par un établissement bancaire ou une association spécialisée ; l’entreprise bénéficiaire doit avoir moins de cinq ans, être constituée de moins de dix salariés et disposer d’un chiffre d’affaires (ou total de bilan) inférieur à 2 M€.
  • Les microcrédits à “caractère de fonds propres” ou prêts d’honneur concernent les mêmes types d‘entreprise, mais peuvent être octroyés à titre gratuit et sont assortis d’un financement complémentaire ; l’accompagnement du bénéficiaire est un élément essentiel. (cf tableau ci-dessous)

chiffres nombre de credits 2011

  • Le Fogefi regroupe le FGIF à destination des femmes créatrices d’entreprises, le FGIE pour les associations intermédiaires et les entreprises d’insertion agréées, et le FGAP pour les ateliers protégés employant des personnes handicapées : au total, une mobilisation de 77 M€ de prêts bancaires pour 12 536 dossiers, et un montant garanti de 47,8 millions.
  • Les fonds “loi Galland” créés par des associations membres du réseau France Active bénéficient de dotations des collectivités territoriales et d’abondement du FCS. Il existe deux types de fonds “loi Galland” dont l’activité a porté sur la mise en place de 3 435 garanties pour un montant de 47,5 M€, concourant à la mobilisation de plus de 106 millions et 21 fonds régionaux d’investissement solidaires (FRIS), dont l’activité a permis la mise en place de 157 garanties pour un montant de 1,5 millions d’euros.

Le réseau France Active

Le réseau France Active (40 antennes locales appelées Fonds territoriaux, 500 professionnels,2 000 bénévoles) propose un accompagnement et des financements solidaires aux porteurs de projets, leur permettant ainsi de viabiliser leurs projets et d’accéder aux circuits bancaires et financiers : 25 289 emplois, via le financement de 6 196 projets totalisant près de 204 M€. Chaque année, le réseau France Active accueille et oriente plus de 2 600 entrepreneurs sociaux. Le dispositif d’accompagnement mis en œuvre s’articule ainsi : après un premier contact qui permet de vérifier l’éligibilité et la maturité du projet, un chargé de mission reçoit le créateur et analyse avec lui sa situation et son modèle économique. Ils déterminent ensemble ses besoins financiers pour optimiser l’articulation entre les différentes ressources disponibles et échangent jusqu’à la construction d’un projet viable et cohérent. Le créateur est guidé tout au long de la phase de création et bénéficie d’une expertise financière. Par l’attribution de sa garantie, France Active permet au créateur d’accéder à des microcrédits bancaires accordés à des taux d’intérêts modérés (94 % des crédits professionnels ont un taux inférieur à 5 %) et de limiter le recours aux cautions solidaires (79 % des prêts garantis par France Active sont sans caution personnelle du créateur ou de son entourage) : 5 300 projets de création d’entreprise, près de 158 M€ d’encours, ce qui a permis la création ou la consolidation de 8 218 emplois. Le taux de pérennité sur trois ans de ces entreprises s’est établi à 78 % (moyenne nationale tout créateur : 66%). Dans le cadre du dispositif Nacre, France Active a accordé 35 % de l’ensemble des prêts Nacre à taux zéro : 3 885 prêts, pour un montant de 22 M€ permettant un effet levier sur 122 M€ de prêts bancaires. Pour mémoire, 11 097 prêts Nacre ont été accordés pour un montant moyen de 5 611 euros, permettant de lever un prêt bancaire complémentaire de 39 530 euros ; fin 2011, 68 000 entrées dans le parcours ont été comptabilisées depuis la mise en place du dispositif, et environ 30 000 prêts Nacre à taux zéro décaissés, pour un volume total de 163 M€ permettant de mobiliser près d’un milliard d’euros de concours financiers complémentaires.

Le Réseau France Initiative

France Initiative (240 plates-formes locales, bénéficiant de l’appui de 14 200 bénévoles et de 882 permanents, soit 624 équivalents temps plein) délivre des financements sous forme de prêts d’honneur sans intérêt (considérés comme des apports en fonds propres) et accompagne le créateur tout au long de son projet et jusqu’à la fin du remboursement du prêt : 15 953 projets d’entreprises (dont 63 % de créations) au travers de 14 815 prêts d’honneur, 5 734 prêts Nacre et 1 060 prêts à la création d’entreprise. Cette activité a permis la création ou le maintien de 35 367 emplois. Le taux de pérennité à trois ans s’établit à 85 %. D’un montant globalement plus modeste que les prêts d’honneur, les prêts Nacre sont en moyenne de 5 000 euros et d’un montant maximum de 10 000 euros. 91 plates-formes instruisent également les demandes de prêts à la création d’entreprise (PCE) gérés par Oséo : 1 060 PCE ont été accordés en 2011 ; en complément de son activité de financement, le réseau de plates-formes a également une mission d’accompagnement des créateurs, notamment via le parrainage : 5000 parrains ont aidé 8 700 jeunes entrepreneurs (21% des créateurs bénéficiaires de France Initiative) ; l’objectif du réseau est de parrainer au moins un créateur sur trois. Au global, 51 900 entrepreneurs ont bénéficié d’un accompagnement sous la forme d’un suivi technique assuré par les permanents ou bénévoles, se décomposant en 48 430 prêts d’honneur et 8 700 parrainages. Pour mémoire, Le prêt d’honneur est un prêt à la personne, et non à l’entreprise, consenti à taux zéro, sans garantie personnelle demandée au créateur. Il est systématiquement associé à un accompagnement s’établissant sur la durée du projet. Son montant est adaptable à la nature des projets (montant moyen de 8 100 euros par créateur, dans une fourchette allant de 2 000 à 25 000 euros, exceptionnellement). Ces prêts sont d’une durée de deux à cinq ans, avec la possibilité d’établir un différé de paiement pouvant aller jusqu’à dix-huit mois (quatre mois en moyenne).

L’Association Adie

L’Adie (15 directions régionales, 120 antennes, 463 salariés et plus de 1 700 bénévoles selon leur site web) finance et accompagne des micro entrepreneurs (88% des activités de l’Adie), essentiellement chômeurs (48%) ou bénéficiaires de minima sociaux (39%), dans la création ou le développement de leur entreprise ; 14 365 personnes ont été ainsi accompagnées. Noter que l’Adie distribue aussi des micro-crédits personnels pour l’emploi (MCPE). Les microcrédits professionnels peuvent s’élever jusqu’à 10 000 euros afin de financer tous les types de besoins (investissement, achat du véhicule, stock, trésorerie, etc.). L’Adie accorde également des prêts d’honneur sans intérêt, d’un montant maximal de 5 000 euros : 2 939 prêts ont été accordés pour un montant de 5,6 M€ ; l’Adie a lancé un fonds dédié aux moins de 32 ans, permettant de conjuguer prêt d’honneur et microcrédit, à hauteur de 50 % de leurs besoins, sans intérêt et d’un montant maximum de 5 000 euros. Fin 2011, le taux de pérennité des entreprises créées sur trois ans s’établit à 59 % et le taux d’insertion des personnes financées à 79 %. L’activité d’accompagnement a concerné 14 365 personnes. Depuis sa création jusqu’à fin 2011, l’Adie a octroyé près de 106 000 microcrédits pour un montant de 288 M€, ce qui a permis le financement de plus de 78 000 entreprises, et la création de 106 000 emplois.

Synthèse de ces 3 réseaux

En synthèse pour ces 3 réseaux, (qui ne prennent pas en compte le Réseau Entreprendre) : 30 426 projets financés concernant plus de 250 000 emplois créés ou consolidés. projets finances microcredit 2007 2008 2009 2010 2011

Note d’optimisme…

Selon la dernière édition du baromètre européen sur l’entrepreneuriat, 51 % des Français plébiscitent ce statut, un peu moins que les Américains (55 %) mais davantage que les Britanniques (46 %) et les Allemands (41 %). Les motivations les plus fréquemment citées en France sont celles touchant au goût pour la liberté (78 % des raisons évoquées), loin devant les facteurs relevant d’une opportunité économique (9 % des raisons citées) et ceux liés à une nécessité économique (3 %). Cette hiérarchie des motivations se retrouve dans les autres pays, mais on constate en France une survalorisation de la liberté associée au travail indépendant et une moindre valorisation des retombées estimées d’une activité entrepreneuriale, en écho à la faible satisfaction que les salariés retirent de leur travail.(3)

  • 68% des chefs d’entreprise sont confiants dans l’avenir de leur entreprise mais 20% seulement en ce qui concerne l’économie française selon un Sondage réalisé par Viavoice pour CCI France, Les Échos et Radio Classique, Le Baromètre des dirigeants d’entreprise de décembre 2012.(4)
  • 84 à 91% ne sont pas confiants en ce qui concerne l’emploi, la croissance économique et la diminution des déficits publics (en forte chute au regard de 2011).

Mais note d’optimisme, les entrepreneurs sont confiants en ce qui concerne leur entreprise, du fait des motivations de leurs salariés (65%), du chiffre d’affaires en cours (60%), du résultat atteint (55%), de la trésorerie (54%), de la facilité à trouver de nouveaux salariés (43%). 85% connaissent le pacte de compétitivité ; pour ces derniers, il devrait servir à opérer des investissements (35%), redresser leur marge (22%) ou embaucher (19%).

(1) Chiffres INSEE données brutes – note André Letowski (2) Carnets de BPCE l’Observatoire, édition 2012 – Le périmètre de cette étude correspond aux PME (entreprises de 10 à 249 salariés) et aux ETI (de 250 à 4 999 salariés) du secteur privé marchand (3) Note d’analyse N° 296, octobre 2012, du Centre d’Analyse Stratégique “L’entrepreneuriat en France – Volet 1 : Mythes et réalités en comparaison internationale” (4) Interviews réalisées du 3 au 11 décembre 2012, par téléphone, auprès d’un échantillon de 404 dirigeants d’entreprise, représentatif des entreprises de cinq salariés et plus.

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